Quelques réalisations architecturales méconnues des expositions internationales
Dernière mise à jour : il y a 5 jours
Quand on lit des articles sur l’histoire des expositions internationales, il n’est pas surprenant d’y trouver de nombreuses références aux monuments architecturaux qu’elles ont produits en 160 ans. Du Crystal Palace de l’Expo 1851 Londres, la toute première exposition internationale, au pavillon de la Chine de l’Expo 2010 Shanghai, de nombreux monuments architecturaux célèbres sont nés des expositions internationales. La tour Eiffel à Paris (1889), le Palace of Fine Arts à San Francisco (1915), l’Atomium à Bruxelles (1958) et la Space Needle à Seattle (1962) sont tous bien connus.
Il existe pourtant des constructions d’expositions internationales historiques que le grand public ne connaît peut-être pas et qui sont elles aussi importantes sur le plan architectural. Certaines sont des monuments à part entière, d’autres des expériences qui ont aidé l’architecture à explorer de nouvelles idées, d’autres encore sont devenues des symboles de leur ville, et certaines sont, pour être franc, des expériences qui n’ont pas vraiment abouti sur le long terme.
Cette liste comprend des bâtiments qui figurent dans presque tous les manuels d’histoire de l’architecture, mais que le grand public connaît moins bien. Certains sont moins connus, mais restent considérés comme importants. Et certains sont des bâtiments que j’ai beaucoup appréciés et qui méritent, selon moi, davantage d’attention de la part des historiens comme du grand public.
Expo 1893 Chicago : le Transportation Building

La World’s Columbian Exposition de Chicago est surtout connue pour sa White City (la « Ville blanche »), un ensemble de bâtiments monumentaux blancs dans la tradition Beaux-Arts, dont le plan a été conçu par Daniel Burnham (rendu encore plus célèbre ces dernières années par le livre Devil in the White City) et son associé architecte John Root.
Louis Sullivan fut chargé de concevoir le Transportation Building et créa un bâtiment très différent des autres, introduisant un nouveau type d’ornementation et une nouvelle palette de couleurs. À l’époque, on lui reprocha d’être la seule façade polychrome, mais il remporta des prix internationaux et allait devenir une œuvre très influente. Le dessinateur de Louis Sullivan était alors un inconnu nommé Frank Lloyd Wright, qui allait ensuite développer son propre style architectural organique, typiquement américain.
Expo 1929 Barcelone : le pavillon de l’Allemagne

Ce bâtiment est assurément bien connu des architectes, mais peut-être moins du grand public. Aujourd’hui appelé simplement le « pavillon de Barcelone », il était à l’origine le pavillon de l’Allemagne à l’Expo 1929 Barcelone. Conçu par Ludwig Mies van der Rohe, il fut démoli quelques années plus tard seulement, puis reconstruit dans les années 1980.
En visitant le pavillon aujourd’hui, beaucoup de visiteurs ont du mal à comprendre pourquoi il a fait tant de bruit. C’est justement la preuve de l’influence considérable que ce bâtiment allait exercer sur l’architecture moderne au cours des décennies suivantes. Les concepts qu’il explore (comme le « plan libre ») font aujourd’hui tellement partie du vocabulaire de l’architecture moderne qu’il est facile de ne pas voir ce qu’il avait de si novateur en 1929.
Expo 1967 Montréal : Habitat ’67

Autre bâtiment que la plupart des étudiants en architecture sauraient identifier, Habitat ’67 était la communauté modèle de l’Expo 1967 Montréal, mais il est moins connu du grand public hors du Canada. L’architecte israélo-canadien Moshe Safdie l’a conçu dans le cadre de son mémoire de maîtrise.
Illustrant le thème de l’exposition internationale, « Terre des Hommes », l’ensemble se compose de 354 modules préfabriqués identiques empilés pour former 158 appartements de tailles différentes. Chacun dispose pourtant de sa propre terrasse privée. C’était une façon d’apporter les avantages de la banlieue au cœur de la ville.
Expo 1970 Osaka : le mouvement métaboliste

L’Expo 1970 Osaka compte tant de bâtiments à l’allure folle et extravagante, même pour un regard contemporain, qu’il n’est pas étonnant qu’elle soit l’expression ultime d’un mouvement architectural audacieux et merveilleux appelé le métabolisme.
Les bâtiments étaient souvent grands, souvent très technologiques ; certains bougeaient, et d’autres se gonflaient même comme des ballons. Certains comportaient des éléments « enfichables » dont on peut dire qu’ils reflètent les concepts bouddhistes d’impermanence et de changement. Tout cela faisait partie d’un mouvement expérimental d’architectes japonais répondant aux exigences d’une société fortement urbanisée.
On apprend parfois le plus des expériences qui ne mènent pas tout à fait là où on le pensait. Plus tard, on passe à d’autres idées. Il est pourtant toujours formidable de revenir sur ces conceptions fantastiques et d’y voir la valeur de l’expérimentation : l’un des fruits les plus importants de l’organisation même d’une exposition internationale.
Expo 1982 Knoxville : la Sunsphere

L’Expo 1982 Knoxville a été ma première exposition internationale, à 15 ans, et la Sunsphere, la structure emblématique créée pour mettre en valeur le thème de l’énergie de l’exposition, occupe donc une place particulière dans mon cœur.
Peut-être plus connue aujourd’hui pour son apparition dans un épisode des Simpson, la tour a offert un symbole emblématique à la ville de Knoxville, qui souffrait jusque-là d’un manque d’identité reconnaissable hors de sa région.
Expo 1984 La Nouvelle-Orléans : le Wonder Wall

L’Expo 1984 La Nouvelle-Orléans avait un style sans équivalent. Elle s’appuyait largement sur la tradition architecturale locale, mais aussi sur le style postmoderne alors naissant. Une variante de ce style, qui se caractérise par des clichés architecturaux stylisés (souvent empruntés à de nombreuses époques différentes), se voit clairement dans le Wonderwall de Charles Moore. Structure fantastique créée pour accueillir commerces, divertissements et restauration le long de l’artère principale de l’exposition internationale, elle visait aussi à détourner les regards des lignes électriques déjà présentes.
Ce n’était qu’une structure temporaire, mais les habitants de La Nouvelle-Orléans s’en souviennent bien. C’est un parfait exemple de structure qui célèbre un moment et un lieu précis. C’étaient bien les années 1980 !
Expo 2000 Hanovre : le pavillon des Pays-Bas

Le pavillon des Pays-Bas de l’Expo 2000 Hanovre a été conçu par l’agence MVRDV et présentait six « paysages » superposés sur une emprise au sol équivalant au sixième de la surface de sa parcelle. Destiné à illustrer le thème du pavillon, « Holland Makes Room » (La Hollande fait de la place), il traitait de la durabilité en milieu urbain, en mettant en avant l’idée néerlandaise de tirer le meilleur parti d’un petit espace.
Je me souviens qu’à la fin des années 1990, en voyant des images de synthèse de ce bâtiment, je n’arrivais pas à imaginer comment on pourrait réellement le construire. Debout devant lui en 2000, je me posais encore la même question.
Expo 2000 Hanovre : le pavillon de la Hongrie

En 2000, la Hongrie se réinventait en tant que nouveau pays. Tout juste sortie de son passé communiste, la nation renouvelée avait confié la conception de son pavillon à György Vadász. J’avais le sentiment que le bâtiment, visible à l’arrière-plan sur cette photo, exprimait à la fois le nouvel optimisme du pays et son attachement à ses traditions.
Deux arcs en bois (abritant des expositions) entouraient une cour couverte d’une structure tendue en forme de tente. Cet espace comportait d’immenses écrans qui surgissaient des parois en bois, afin que les visiteurs de passage puissent entrevoir les thèmes du pavillon avant d’y entrer.
Il m’a tellement inspiré que je me suis rendu en Hongrie en 2001 pour vivre cet optimisme en personne.
Expo 2008 Saragosse : le Pavillon-Pont

Il y a quelques années à peine, Saragosse, en Espagne, a accueilli l’Expo 2008 Saragosse, une exposition internationale de plus petite envergure, comparable à l’Expo 2012 Yeosu. Le Pavillon-Pont de Zaha Hadid ne se contentait pas de franchir le fleuve et d’offrir une porte d’entrée vers le site : il abritait aussi des expositions sur le thème de l’eau et du développement durable, et formait un bâtiment emblématique et fluide qui imite l’eau qu’il enjambe.
Expo 2012 Yeosu
Comment se souviendra-t-on de l’architecture de l’Expo 2012 Yeosu ? Ses structures deviendront-elles des symboles de Yeosu et de la Corée ? Influenceront-elles les architectes de demain ? Seront-elles perçues comme les curieux produits de notre propre époque : une capsule temporelle visuelle qui montrera aux générations futures ce que nous jugions important ou, du moins, agréable à regarder en 2012 ?
Il est trop tôt pour le dire, mais vous aurez l’occasion de vous faire votre propre idée entre le 12 mai et le 12 août.



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