Diplomatie publique multilatérale à Expo 2025 Osaka
- Cesar Corona
- 3 hours ago
- 4 min read
Les Expos servent souvent de théâtres de mise en scène nationale, où la participation est largement interprétée à travers le prisme de l’État-nation. Les pavillons nationaux racontent généralement des histoires de patrimoine, d’innovation et d’aspiration à travers des cadres nationaux identifiables. La participation officielle est également organisée principalement autour des États souverains, renforçant le caractère étatique de ces méga-événements.
Dans ce contexte, les Nations Unies (ONU) à Expo 2025 Osaka ont été confrontées à un défi de diplomatie publique plus complexe. L’ONU devait s’exprimer de manière crédible au nom de tous les États membres, communiquer de manière cohérente tout en représentant de multiples identités nationales, et présenter des dizaines d’agences spécialisées intervenant dans des domaines allant de la santé mondiale et de l’aviation civile à l’énergie atomique et à l’aide humanitaire, sans submerger les visiteurs.

Cela fait du Pavillon de l’ONU à Expo 2025 Osaka un cas instructif pour la diplomatie publique. Contrairement aux pavillons nationaux, qui peuvent s’appuyer sur des symboles et des récits familiers, l’ONU devait rendre le multilatéralisme compréhensible, accessible et pertinent pour l’expérience quotidienne. Le Pavillon visait à expliquer un système conçu pour bénéficier aux populations du monde entier de différentes manières, souvent de façon invisible, à travers les frontières, les cultures et les générations.
La stratégie du Pavillon reposait sur des données empiriques. Les enquêtes suggéraient une perception relativement faible de l’ONU au Japon, tandis que le soutien aux Objectifs de développement durable (ODD) était très élevé. Plutôt que de commencer par les structures institutionnelles, le Pavillon a utilisé les ODD comme point d’entrée. Des objectifs déjà familiers et crédibles ont servi de passerelle vers le système onusien qui les a conçus et les porte, inscrivant le multilatéralisme dans le quotidien.
Le Secrétaire Général Adjoint des Nations Unies, Maher Nasser, a occupé le rôle de Commissaire Général pour la participation de l’ONU, assurant une direction à plein temps sur site pendant toute la durée de l’Expo. Sa présence n’était pas seulement cérémonielle. Il a été activement impliqué dans la programmation du Pavillon, les événements publics et les échanges académiques, assurant une coordination constante entre de nombreuses entités onusiennes et donnant un visage humain à une présence institutionnelle complexe.

Le Pavillon a guidé les visiteurs à travers une progression narrative structurée. Il commençait par le rôle de l’ONU dans la formation des normes internationales, abordait ensuite les impacts contemporains, et se concluait par un appel à l’action tourné vers l’avenir. Cette structure était importante, car la couverture médiatique de l’ONU met souvent l’accent sur les blocages et les conflits, éclipsant son action quotidienne. Le Pavillon a au contraire mis en lumière le fonctionnement de la coopération multilatérale et son importance dans la vie de tous les jours. La section finale, consacrée à l’action future, s’est révélée la plus populaire.
Entre le 13 avril et le 13 octobre 2025, le Pavillon de l’ONU a enregistré plus de 406 000 visites, soit une moyenne de plus de 2 200 par jour. Les visiteurs provenaient de 122 nationalités, mais près de 90 % étaient japonais. Cela reflète un schéma plus large propre aux Expos, où environ 95 % des visiteurs sont généralement des résidents locaux ou nationaux, et explique pourquoi le Pavillon a été conçu principalement pour le public du pays hôte.
Le suivi et l’évaluation ont été intégrés à l’expérience elle-même. Les visiteurs étaient invités à remplir un court questionnaire numérique et, en échange, pouvaient utiliser des machines gacha (un type de distributeur automatique, courant au Japon, qui délivre un objet aléatoire en capsule contre une petite action ou un paiement), un dispositif ludique et culturellement familier. Plus de 155 000 questionnaires ont été complétés, soit un taux de participation de 38 %. Les résultats indiquent des niveaux élevés de satisfaction, d’évolution de la perception et de motivation déclarée. Les capsules gacha ont également été réutilisées, reflétant une attention portée à une durabilité pratique.

De nombreux visiteurs ont exprimé leur surprise face à l’ampleur des activités de l’ONU et leur soulagement de découvrir une institution plus proche du quotidien qu’ils ne l’imaginaient. Plutôt que de rechercher l’admiration, le Pavillon a encouragé la compréhension du rôle de l’ONU, de sa pertinence et de l’idée de responsabilité partagée.
L’enseignement dépasse le cadre d’Osaka. Les organisations multilatérales sont confrontées à un défi de communication fondamentalement différent de celui des États-nations qui dominent la participation aux Expos. Elles ne peuvent s’appuyer sur une identité unique. Elles doivent construire activement une cohérence entre des mandats variés et des voix institutionnelles multiples, coordonner des priorités diverses et évaluer leur impact de manière rigoureuse afin d’apprendre et de s’adapter.

Le cas de l’ONU offre également un enseignement important aux pays participants. Même lorsque les identités, les priorités et les messages sont multiples et complexes, il est possible de les articuler dans un récit accessible, compréhensible et mémorable. Il montre aussi que le suivi et l’évaluation ne doivent pas être dissociés ou purement techniques. Lorsqu’ils sont intégrés de manière créative à l’expérience des visiteurs, ils peuvent être à la fois efficaces et engageants.
Pour les spécialistes de la diplomatie publique, le Pavillon de l’ONU offre une compréhension plus approfondie de ce que les Expos peuvent accomplir. Ces événements ne sont pas seulement des plateformes de projection nationale. À leur meilleur niveau, ils montrent comment des messages complexes peuvent être rendus intelligibles et pertinents pour le public, et comment le suivi et l’évaluation peuvent être intégrés de manière créative à l’expérience des visiteurs. En ce sens, la plus grande réussite du Pavillon de l’ONU a peut-être été celle-ci : rendre le multilatéralisme visible, intelligible et porteur de sens pour le public, sans en diluer la complexité.